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Coexister par-delà le confinement

Lettre collective publiée dans Le Quotidien du 17 avril 2020 

Des rencontres « virtuelles » qui se multiplient.

Dans ce contexte de crise conséquente à la pandémie de la Covid-19, nous les membres du Collectif Coexister au Saguenay-Lac-Saint-Jean avons porté attention aux signes qui vont dans le sens d’une meilleure coexistence et à ceux qui en aggravent les difficultés.

Comme tant d’autres citoyen.ne.s, nous redécouvrons l’importance de certains métiers et professions dans notre société. Du discret livreur aux préposé.e.s, infirmières, infirmiers et médecins qui risquent leur propre santé, en passant par les employés de soutien, d’épicerie, de pharmacie et de tous les services essentiels, pour n’en nommer que quelques-uns, sans oublier les travailleurs et les travailleuses qui font « rouler » l’économie dans ce qu’elle comporte de plus primordial, c’est-à-dire notre vie et tout ce qui la soutient.

Nous constatons également l’élan de solidarité envers les personnes isolées et les plus vulnérables quand ce n’est pas une indignation souvent justifiée. Nous nous réjouissons des « rendez-vous » quotidiennes tenues par nos leaders politiques qui agissent, soudainement, davantage comme de bons parents qui réconfortent et qui prennent des mesures difficiles pour notre bien à toutes et à tous. Et bien sûr, nous ne pouvons qu’approuver une nouvelle manière de considérer les services de proximité, à commencer par le souci d’acheter local et solidaire que bien des citoyen.ne.s engagé.e.s nous encourageaient à privilégier depuis longtemps. Cette pandémie, comme toute crise importante, peut permettre de modifier des comportements pour le mieux.

Mais sur le plan des attitudes, nous voyons aussi surgir des manifestations moins édifiantes. Nous avons vu, avec le retour des vacanciers hivernaux, une montée de l’hostilité envers « les vieux » qui ne respectent pas leur quarantaine ou qui circulent au mépris des règles édictées. Ou encore envers ces jeunes qui se rassemblent malgré tout, osant la transgression qui contribue souvent à leur développement. Nous pensons également à certaines minorités ciblées, par exemple nos concitoyen.ne.s aux traits asiatiques, comme s’ils|elles transportaient le virus dans leurs gènes! Notre vieux réflexe de chercher des fautifs semble résister au vent de solidarité pourtant bien réel.

Sur le plan des diverses communautés qui vivent au Québec et ici dans la région, nous avons vu le meilleur et le pire. Ainsi, pendant que nous apprenons à être solidaires devant un ennemi commun, le « virus » des préjugés qui conduit souvent à la haine paraît perdre en intensité. Mais il arrive encore que certains soient pointés du doigt, dans une généralisation abusive, comme envers certains groupes, disons « plus religieux », qui abandonnent difficilement l’idée de se regrouper pour célébrer certaines fêtes au nom d’une compréhension traditionnelle de leur religion.

Il faut saluer malgré tout le caractère très majoritaire de la collaboration des leaders religieux à relayer les interdits imposés par les pouvoirs publics même si ceux-ci portent atteinte à la liberté de culte et de religion, tout comme à d’autres droits individuels. C’est ainsi que le bien commun doit primer, en temps de pandémie, sur d’autres coutumes et pratiques pourtant jugées tout aussi essentielles.

S’il est plus difficile de nous rassembler, gens d’ici, pour nous réjouir de la richesse de nos différences et pour essayer de bâtir une société plus inclusive, nous apprécions que les médias traditionnels et sociaux y contribuent malgré tout. Dans l’attente des jours où nous participerons physiquement à des rassemblements festifs comme nous les aimons, mais également à des rencontres qui visent à développer une meilleure coexistence entre ce nous formé de toutes origines et de toutes cultures, nous souhaitons à toutes et à tous de pouvoir renforcer le désir d’une société où chacune, chacun peut vivre en toute liberté, en toute simplicité et en portant constamment le souci des autres.

Le collectif Coexister au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 15 avril 2020